L’exposition « En attente d’une bonne nouvelle » propose une réflexion sur nos manières d’habiter le monde tout en étant suspendus dans un présent instable, saturé de discours, d’images et de catastrophes annoncées. Entre accélération politique, épuisement collectif et fragmentation de nos repères, l’idée même d’un avenir commun paraît parfois vaciller. Pourtant, malgré cette sensation diffuse d’effritement, des gestes demeurent. Des formes apparaissent. Des voix continuent de chercher, d’observer et de transformer.
Réunissant les pratiques de andes a. beaulé, Véronique Chagnon-Côté, Syrine Daigneault et Jacinthe Loranger, le projet s’articule autour d’une attention commune portée au temps présent — à ses tensions, ses contradictions, mais aussi à ses possibilités d’émancipation et de réinvention. Bien que leurs démarches empruntent des voies distinctes, les artistes partagent une volonté de ralentir le regard afin d’examiner les structures qui façonnent nos expériences : les discours dominants, les mécanismes sociaux, les constructions de l’espace ainsi que les images, récits et formes hérités du passé qui continuent de circuler, de se transformer et de sédimenter dans le présent.
Dans les œuvres présentées, le geste artistique agit à la fois comme trace, comme réflexion et comme manière de tenir dans le monde. Le dessin, la peinture et la gravure et l’objet sculpté deviennent des outils permettant de traverser l’instabilité plutôt que de la nier. Les œuvres d’andes a. beaulé explorent les potentialités transformatrices du geste, de l’éphémère et de l’abstraction queer; celles de Syrine Daigneault scrutent les rapports entre histoire intime, normes sociales et représentations culturelles. Chez Jacinthe Loranger, l’image imprimée, l’objet et la répétition ouvrent un espace où se rencontrent satire, absurdité et inquiétude politique, tandis que Véronique Chagnon-Côté interroge la manière dont les images construisent notre perception du temps et de l’espace à l’ère du simultané.
Sans chercher à proposer une lecture unifiée du présent, « En attente d’une bonne nouvelle » rassemble des pratiques qui choisissent néanmoins de demeurer attentives, sensibles et poreuses au monde. Face à la surcharge des discours et à l’instabilité de notre époque, les œuvres résistent moins par affirmation que par persistance : elles prennent le temps de regarder, de douter, de faire image autrement. Entre humour, mélancolie, désir et lucidité, elles esquissent peut-être la possibilité fragile d’un espace partagé — un lieu où quelque chose peut encore advenir.
Frédérique Ulman-Gagné tient à remercier chaleureusement la Galerie Simon Blais de lui avoir offert l’opportunité de réaliser ce premier commissariat.