
L’exposition réunit une trentaine de sculptures, principalement des représentations animales, mais aussi des figures humaines, des portraits, offrant un panorama de plus de cinquante ans de création de la sculptrice Roseline Granet. Proche de Jean Paul Riopelle depuis le début des années 1960, les deux artistes ont mis sur pied leur propre fonderie, Clementi, à Meudon, devenue un lieu important de la sculpture en France.
Attachée à la figure humaine depuis ses débuts à l’atelier de La Grande Chaumière à Paris à la fin des années 1950, Roseline Granet en propose une interprétation profondément sensible. Loin d’être de simples sujets, ses figures incarnent des présences vibrantes et fragiles, empreintes d’une intense poésie. Suspendus dans un entre-deux, ses personnages semblent en équilibre instable ou saisi dans un élan, comme si le temps retenait son souffle. À travers ces corps en tension, l’artiste explore avec finesse la complexité de la condition humaine, cherchant à insuffler une impression de légèreté dans la densité du bronze.
Sa démarche artistique repose largement sur le geste et l’intuition. Granet ne conçoit pas la sculpture comme une reproduction fidèle du réel, mais comme une exploration sensible de la vie et du mouvement. L’artiste développe une esthétique de l’instabilité, où chaque sculpture semble habitée par une tension vitale. Elle travaille souvent de manière instinctive, laissant ses mains guider la forme avant toute réflexion théorique. Cette approche confère à ses œuvres une dimension spontanée et vibrante, où la matière (le bronze) conserve les traces du processus créatif. Il en résulte des sculptures à la fois brutes et poétiques, où l’imperfection devient un vecteur d’expression.
Ses sculptures animalières témoignent également de son amour du vivant. Par un travail subtil, elle parvient à saisir la vivacité de ces bêtes capturées dans leur élan. Elle déclarait par ailleurs : « j’aime regarder les animaux. Leurs mouvements sont si vifs, si gracieux… Quand j’en fais des sculptures, c’est comme si je les attrapais. »
Notes biographiques
Roseline Granet naît à Paris le 28 janvier 1936. Elle étudiera le dessin et la peinture à New York en 1954 à l’Art Students League, puis la sculpture à l’atelier d’Ossip Zadkine — La Grande Chaumière, à Paris, de 1956 à 1959. C’est là qu’elle fait la rencontre de Sam Szafran puis de Jacques Delahaye, sculpteur romantique, qui l’encouragera à mettre sur pied la Fonderie Clementi, à Meudon, en 1960, où elle travaille depuis. Ses œuvres font partie de collections privées prestigieuses, ainsi que publiques.
Image: 1,2,3 Soleil — L'oie, bronze, 1988, édition 1/8, 45,75 x 81,25 x 23 cm (18 x 32 x 9 po) — Photo: Guy L'Heureux