
Vernissage le 14 janvier 2026 de 17h à 20h.
« At the root of my approach is a concern to broaden the scope of what is normally considered the purely formalist school of painting. Using pattern, not only for its aesthetic, rhythmic qualities, I wish to hint at its connections to informatics, by which I mean not only its cultural potential as semiotic content but also its social-political ramifications vis à vis certain readings of technoscience, post-humanism, and embodiment. »
(Barry Allikas in Roald Nasgaard, Abstract Painting in Canada, Douglas & McIntyre Vancouver|Toronto, Art gallery of Nova Scotia Halifax|Yarmouth, 2007, p. 384.)
Si Allikas est surtout reconnu comme peintre de l’abstraction post-picturale (hard edge) au Canada, le style de ses débuts préconisait plutôt une manière néo-expressionniste, très en vogue à l’époque* et plus près de ses réflexions d’alors. De même, c’est ce fonds néo-expressionniste qui informe et sous-tend sa peinture abstraite, qui n’est pas que formelle ou rythmique**, comme il l’énonce plus haut, mais qui englobe un discours et des contenus qui s’étendent bien au-delà de la forme et des couleurs. Aussi, avec la grille, il s’intéresse au rapport entre planéité et profondeur. Pour Allikas, il est fondamental que l’art énonce en filigrane des préoccupations d’ordre social, politique, technologique et philosophique, que son art résume sa constante quête de sens.
Il ébauche toujours ses tableaux, non pas à l’aide d’études sur papier, mais en les esquissant à l’ordinateur. Il dessine un nombre considérable de croquis, jusqu’à ce qu’il trouve le filon qui le mènera à la création de ses peintures.
Avec Vita Nova, Allikas adopte une autre approche, qu’il avait déjà explorée auparavant, dans laquelle il s’éloigne de la grille et convoque des formes ovoïdes et courbes, avec des titres qui rappellent notamment le corps (The Body problem, 2025), ou encore l’image stéréoscopique (Stereopticon, 2025), avec tout ce qu’elle peut comporter sur le plan philosophique (société de surveillance).
Les lignes rebondies et sinueuses, créant parfois des vortex, nous happent et nous invitent à entrer de plain-pied dans ce nouvel environnement, plus sensoriel, a contrario des grilles rectilignes qui servaient d’écran optique, tel un moucharabieh***, et qui nous incitaient à passer derrière la grille (ou le miroir) pour en découvrir le sens caché.
Dans les deux cas, l’observateur sent le souffle qui fait vibrer les tableaux d’Allikas. La couleur toujours saturée et tonique dans des compositions empreintes de poésie, expriment que ses œuvres, loin d’être fixes ou figées, respirent et s’agitent dans une trajectoire à découvrir. Le mystère demeure entier et le regardeur doit le creuser pour tenter de trouver la clé de l’énigme.
Barry Allikas vit et travaille à Montréal, où il est né en 1952. Il a entamé son parcours de peintre de façon autodidacte après avoir terminé des études en cinéma au Collège Dawson au milieu des années 1970. Plus tard, il a réalisé deux résidences au Banff Centre for the Arts et il a reçu plusieurs prix et bourses, dont du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la Fondation Krasner Pollock. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections privées, publiques et corporatives, telles le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec, Hydro-Québec et La Caisse (CDPQ).
Sylvie Lacerte
3 décembre 2025
* Mouvement inspiré de l’expressionisme allemand des débuts du 20e siècle (George Grosz, Emil Nolde, etc.). Le néo-expressionisme est apparu dans les années 1960-1970, en Allemagne (pensons notamment à Georg Baselitz) et aux États-Unis (Philip Guston), en réaction aux mouvements de l’art conceptuel et de l’art minimal, puisque les artistes du néo-ex souhaitaient remettre le corps en scène dans leurs travaux. Néanmoins, Allikas a toujours apprécié l’art minimaliste et considère que tout art est conceptuel.
** Tel que nous avons pu l’observer avec les plasticiens, dont Guido Molinari, Yves Gaucher ou encore Claude Tousignant.
*** Le moucharabieh est un grillage utilisé dans l’architecture arabe, qui permet la ventilation des habitations, en plus de voir ce qu’y s’y passe de l’autre côté, sans être vu.